Origine et histoire de la Collégiale Saint-Agricol
La collégiale Saint-Agricol d'Avignon trouve ses origines au VIIe siècle, attribuées à saint Agricol, évêque d'Avignon vers 660–700. Des fouilles ont révélé des traces d’un premier lieu de culte paléochrétien (fin IVe–début Ve siècle) et des structures antiques, confirmant son ancienneté. Ravagée par les Sarrasins, l’église est reconstruite au Xe siècle par l’évêque Foulques II, qui en fait un prieuré. Son statut évolue en 1321 lorsque le pape Jean XXII l’érige en collégiale et finance son agrandissement, marquant le début de sa transformation gothique.
Au XVe siècle, d’importants travaux modifient sa structure : la nef est allongée, intégrant la chapelle de l’Aumône (1391), et une façade monumentale est érigée en 1485, ornée d’un tympan polychrome par Ferrier Bernard. Des arcs-boutants, rares en Provence, renforcent l’édifice, tandis que l’abside conserve des contreforts traditionnels. La collégiale devient un lieu de pouvoir religieux, abritant des chapelles dédiées à des confréries et des familles nobles, comme les Bianco de Brantes ou les Doni.
Le clocher, commencé en 1537, n’est achevé qu’au XVIIIe siècle (1737–1746) par Joseph-Abel Mottard, qui le surélève de deux étages. Après la Révolution, l’évêque la consacre temporairement cathédrale en 1802, en attendant la restauration de Notre-Dame des Doms. Classée monument historique en 1980, elle est restaurée au XXIe siècle (2012–2017), préservant son mobilier exceptionnel : retables Renaissance, orgue Barker (1862), et tombes sculptées comme celle de Pierre de Doni (1525).
L’intérieur se distingue par ses dix chapelles latérales, richement décorées. Au nord, la chapelle des Fonts baptismaux (XVe siècle) abrite les reliques de saint Agricol, tandis qu’au sud, la chapelle de la Vierge Marie (1703–1707) expose une Vierge à l’Enfant d’Antoine Coysevox et des tombeaux des marquis de Brantes. Le chœur, orné de peintures de Simon de Châlons (1539) et Nicolas Mignard (XVIIe siècle), abrite un maître-autel baroque (1767) renfermant les reliques des saints patrons.
La façade, œuvre collective d’Antoine Colin (Lyon), Didier Millot (Toul), et Antoine Carteron (Bourges), illustre l’influence des ateliers régionaux. Son tympan, partiellement refait au XIXe siècle, domine un parvis et un escalier monumental, symboles de son rôle central dans la vie avignonnaise. Les cloches, logées dans le clocher des XVIe et XVIIIe siècles, rythment encore aujourd’hui la vie de la paroisse.
Classée pour son architecture et son histoire, la collégiale incarne les strates du patrimoine avignonnais : du haut Moyen Âge à la Renaissance, en passant par les fastes de la papauté et les restaurations modernes. Son mobilier, ses vitraux, et ses épitaphes (comme celle de l’architecte Pierre II Mignard, 1725) en font un témoignage unique de la piété et de l’art provençal.